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Ahmed Alami Lahlimi : «Bank Al-Maghrib agit en fonction de la politique du gouvernement»


Bank Al-Maghrib, elle-même, se base sur nos chiffres quand elle réalise son rapport annuel...


Ahmed Alami Lahlimi : «Bank Al-Maghrib agit en fonction de la politique du gouvernement»
ALM : Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a dressé un tableau, en quelque sorte différent du vôtre sur la situation économique. Est-ce que cette différence n’est pas de nature à créer une confusion ?


Ahmed Alami Lahlimi : Il ne faut pas oublier que c’est une prévision et nous pensons qu’elle est très optimiste. Mais nous continuons de penser que les prévisions du HCP sont pour le moins réalistes. Ceci étant, nous sortirons au fur et à mesure les données de la comptabilité nationale qui mettront un terme à toutes les prévisions. C’est ce qui se passe dans tous les pays où les organismes compétents fournissent des prévisions puis les modifient selon l’évolution de la situation économique dans le pays concerné et son environnement. C’est ce que nous faisons nous-mêmes. 

A la veille de l’année 2012, nous avons prévu une croissance de 4,2%, puis en ce mois de juin nous avons modifié nos prévisions. Je n’ai pas encore lu les prévisions de Bank Al-Maghrib mais cela veut dire qu’il y a un pluralisme dans les prévisions utiles pour ouvrir un débat.
 
Mais comment expliquer ces différences alors que le HCP et BAM ont a priori les mêmes sources et données?


Premièrement, nous n’avons pas les mêmes sources. Le HCP est le seul au Maroc à utiliser un modèle de prévisions sophistiqué. Deuxièmement, nous nous basons dans l’établissement de nos prévisions sur des enquêtes sur le terrain et sur les enquêtes de conjoncture. Nous avons en gros trois sources notamment la comptabilité nationale qui regroupe les comptes de la nation que nous produisons ainsi que les données qui nous parviennent des organismes internationaux comme le FMI, l’OCDE et l’Union européenne. 

Et enfin, nous travaillons tous ces données selon un modèle d’équilibre général. Un modèle que nous avons beaucoup enrichi et qui jusqu’à présent nous a permis d’avoir des prévisions assez correctes. Mais il faut rappeler que Bank Al-Maghrib, elle-même, se base sur nos chiffres quand elle réalise son rapport annuel, notamment dans les domaines de l’emploi, les prix, l’inflation, la croissance, la consommation des ménages et la comptabilité nationale. 
 
BAM a décidé de maintenir le taux directeur inchangé. Est-ce que cela veut dire que la situation est toujours maîtrisable ?


Je m’interdis de commenter les données de Bank Al-Maghrib pour deux raisons. D’abord, je n’ai pas entre les mains les données pour savoir comment BAM justifie sa politique monétaire. Ensuite, Bank Al-Maghrib agit en fonction de la politique du gouvernement et en fonction de ce que lui dictent ses attributions. Nous allons évaluer toutes les prévisions en fonction des résultats que nous aurons à la fin de l’année.

Le foisonnement des données et des prévisions du HCP, de BAM et du ministère des finances, qui sont parfois contradictoires, poussent certaines parties à demander la création d’un seul organisme qui centralise toutes les données pour plus d’homogénéité. Qu’en  pensez-vous?


Je pense que c’est une très mauvaise idée et j’espère qu’on n’aura jamais ce totalitarisme dans notre pays. Ce serait véritablement un totalitarisme statistique. Le pluralisme des sources d’information est une donnée essentielle dans un pays démocratique. Les prévisions restent des prévisions et tout le monde a le droit d’en faire. Les syndicats peuvent aussi faire les leurs tout comme la CGEM. Les banques aussi font des prévisions et aucune grande entreprise n’agit sans en faire. Mais encore une fois, les données obtenues restent des prévisions. Mais sur le plan national, la seule référence qui met un terme à toutes les prévisions est la comptabilité nationale. Nous sortons des comptes trimestriels à la fin de l’année qui sont les comptes réels de la Nation. 

A ce moment-là, toutes les prévisions sont oubliées et on se réfère uniquement à la comptabilité nationale. L’année dernière, nous tablions sur une croissance de 4,9%, alors que d’autres disaient 3% ou 5,5%. 
A la fin de l’année, nous étions effectivement à 5% et il se trouve que les prévisions du HCP étaient les plus proches.

Aujourd'hui Le Maroc - Mohamed Badrane Le : 2012-06-21 N° : 2709


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