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Enquête Nationale sur les niveaux de vie des ménages «Le Maroc est en train de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement»


La pauvreté est passée de 15,3% à 9% au niveau national, de 7,6% à 4,8% en milieu urbain et de 25,1% à 14,5% en milieu rural. 1,7 million de Marocains sont sortis de la pauvreté


Enquête Nationale sur les niveaux de vie des ménages  «Le Maroc est en train de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement»
le matin : Vous avez présenté les premiers résultats de l'enquête nationale sur les niveaux de vie des ménages réalisée par le HCP en 2007.
Qui a fait quoi dans cette enquête ?


Ahmed Lahlimi : Nous avons un point de départ, la dernière enquête sur le même sujet réalisée en 2001. On pourra ainsi avec les résultats de 2007 dégager les tendances et les changements qui ont affecté entre 2001 et 2007 les conditions de vie des ménages.

Qui a fait quoi ? Du 1er décembre 2006 au 30 novembre 2007, l'enquête qui s'est déclinée sur l'ensemble du territoire a mobilisé 140 enquêteurs, 16 superviseurs, une vingtaine de cadres et ingénieurs et a porté sur 7 200 ménages représentant une population dûment sélectionnée de 36 000 personnes. L'échantillon des ménages a été tiré du nouvel échantillon-maître actualisé sur la base des résultats du recensement général de la population et de l'habitat de 2004. Concernant le questionnaire et les champs thématiques couverts qui ont intégré de nouveaux modules dont celui portant sur la migration et les transferts élaborés avec la Banque mondiale, ils ont couvert plus de 900 questions. Ces dernières regroupées en une vingtaine de modules ont porté sur un aspect particulier des conditions de vie des ménages, habitudes de consommation, dépenses, accessibilité aux services sociaux de base, revenus, transferts intérieurs et extérieurs des ménages, migration et perception de la pauvreté.

Il y a dans les chiffres une différence entre la pauvreté telle qu'on la perçoit et la pauvreté telle qu'elle est en réalité. Comment expliquez-vous cela ?

C'est la première fois que nous avons un module qui porte sur la distinction entre les données statistiques objectives et la perception subjective qu'ont les ménages, les questions sur la perception qu'ils ont de leur évolution et du niveau de revenus et de dépenses. C'est ce que l'on appelle la pauvreté subjective. Il y a des gens qui ont un niveau de pauvreté mais qui fixent celui inférieur à celui où ils sont. La question qui est posée se décline ainsi : « Quelle est le montant de dépenses que vous considérez comme nécessaire pour que vous n'en soyez pas pauvres et menacés de tomber dans la pauvreté ? Ils fixent un niveau et quand on le compare au niveau réel de leurs dépenses on trouve qu'il est inférieur ou supérieur». J'ajouterais que toutes les normes utilisées sont internationales, ce qui permet de faire des comparaisons et des benchmarks à l'échelle internationale.

Quelles sont ces normes internationales ?

Ce sont des normes recommandées par l'AFO et l'OMS. Le seuil de la pauvreté alimentaire est le coût d'un panier de biens et services alimentaires permettant le minimum requis en calories, soit 1984 kilos /calories par jour et par personne. La Banque mondiale a des normes. Lesquelles considèrent que le seuil de la pauvreté relative est la somme du seuil de la pauvreté alimentaire et d'une allocation non alimentaire équivalente à un coût des acquisitions réalisés par les ménages qui atteignent effectivement le minimum alimentaire requis.

Qu'en est-il, selon ces normes, du seuil de la pauvreté absolue et du taux de vulnérabilité ?

Le seuil de la pauvreté absolue est le seuil de la pauvreté alimentaire majoré par le coût des acquisitions non alimentaires réalisées par les ménages qui ne satisferaient leurs besoins alimentaires que lorsqu'ils leur consacraient le total de leur budget. Le taux de vulnérabilité est la proportion de la population qui n'est pas pauvre mais qui court un grand risque de pauvreté. Selon l'approche de la Banque mondiale, la dépense par tête de la population vulnérable se situe entre le seuil de pauvreté relative et 1,5 fois ce seuil.

Concernant les statisticiens, le directeur général du PNUD saluait récemment dans un entretien leur qualité. Qu'en est-il quant à leur indépendance et la vôtre aussi ?

Je l'ai dit au cours de la conférence de presse, le jour où quelqu'un nous donnera des orientations, je partirai. Sur l'expertise et la compétence de nos statisticiens, c'est un avis qui est partagé par tous les experts étrangers aussi bien dans les organismes internationaux que dans les pays avec qui nous coopérons. Il suffit de savoir que notre système d'information statistique a été audité par le FMI plusieurs fois et par la Banque mondiale. En raison de la qualité des statisticiens, nous figurons dans les normes reconnues par les grandes organisations. Toutes nos statistiques sortent dans le site du FMI.

Peut-on d'ores et déjà avoir une radioscopie complète des niveaux de vie des ménages ?

J'ai bien précisé qu'il s'agissait des premiers résultats. En raison de la quantité et de la complexité des données collectées, l'exploitation des résultats de cette enquête nécessite du temps.
Nous n'avons présenté à la presse que les résultats du champ relatif aux dépenses des ménages et les évolutions que l'on peut faire en termes de niveau de structure et de répartition.

Quels sont les premiers résultats de l'enquête ?

Les premiers résultats confirment les tendances en matière de consommation des ménages telles qu'elles sont mesurées par les comptes nationaux. Premier indicateur d'évolution, la dépense annuelle moyenne par personne qui était en 2001 de 8.280DH est passée en 2007 à 11.222 DH.
Elle a progressé annuellement de 5,1% en terme nominal et de 2,3% en terme réel.

Ces résultats diffèrent-ils selon qu'il s'agisse du milieu urbain ou rural ?

Bien entendu, en milieu urbain nous sommes passés de 10.642 DH en 2OO1 à 13.894 DH en 2007, l'amélioration est en progression de 4,5% par an. En milieu rural, nous sommes passés de 5.288 DH à 7.752 DH, l'amélioration est en progression de 6,5%, l'écart entre les deux se réduisant.

Un mot sur la structure des dépenses malgré un pouvoir d'achat réduit.

L'alimentation continue à occuper la première place, suivie des transports, des communications, poste de dépense qui a augmenté de 112% suivi de l'enseignement, culture et loisir dont la dépense a augmenté de 63% entre 2001 et 2007.

Qu'avez-vous constaté sur la disparité de la dépense?

La distribution et les inégalités sont similaires à celles de 2001.
Que constate-t-on ? La part des 20% les plus aisés dans la masse totale des dépenses de consommation en 2007 a été de 48,1% au niveau national, alors que les 20% les moins aisés ne consomment que 6,5% de cette masse. L'amélioration a profité à l'ensemble des couches.
Un meilleur ciblage des subventions budgétaires qui profitent aux populations les plus favorisées contribuera à réduire les inégalités.

Quand vous évoquez un meilleur ciblage des subventions budgétaires qui profitent d'abord aux riches comme c'est le cas aberrant des prix à la pompe, on pourrait se demander si ce travail n'en prépare pas à la réforme de la Caisse de compensation.

A chacun de faire son travail ! Nous sommes au HCP chargés de présenter des études et des statistiques. Ce qu'on fera de ces statistiques intéresse directement le gouvernement, les opérateurs économiques et les autres acteurs.

Peut-on avoir les chiffres exacts relatifs à la pauvreté ?

La pauvreté est passée de 15,3% à 9% au niveau national, de 7,6% à 4,8% en milieu urbain et de 25,1% à 14,5% en milieu rural.
La vulnérabilité s'est également réduite en passant de 22,8% à 17,5% au niveau national et de 16,6% à 12,7% en milieu urbain et de 30,5% à 23,6% en milieu rural. En 2007, 2,8 millions de personnes vivaient au-dessous du seuil de la pauvreté, depuis 2001, 1,7 million de Marocains sont sortis de la pauvreté et 1,2 million ont échappé à la vulnérabilité.

Quelle conclusion peut-on tirer de ces premiers résultats d'enquête ?

L'évaluation de l‘INDH n'a pas encore été faite, mais il est certain que son impact est significatif notamment dans les communes rurales ciblées par cette initiative comme en témoignent les chiffres. Entre 2004 et 2007, la pauvreté dans ces communes a baissé de 36% à 21% en diminution de 14% alors que dans le reste des communes rurales elle est passée de 16,9% à 12,2%.

Le Maroc est en train de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement. Sur le plan du rythme de la dynamique de la consommation, nous considérons qu'il y a là des taux d'évolution encourageants. Quand on compare les taux dans les communes où il y a l'INDH, nous constatons que le taux de diminution de la pauvreté est le plus fort, soit 48%. Espérons que l'inflation ne vienne pas balayer tout cela et que les politiques publiques continueront à aller dans le renforcement du développement humain et durable.

Farida Moha | LE MATIN - 26.06.2008


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