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Enquête sur le niveau de vie: Un grand malentendu


Chômage: Les polémiques sont normales. Inquiétudes pour le budget 2010. Pas d’interférence avec le gouvernement L’enquête sur la classe moyenne a été au coeur d’une polémique, notamment par rapport à la qualité et à l’objectivité des indicateurs publiés. Une polémique qui ressemble à bien des égards à celle des chiffres sur le chômage minorés. Dans cet entretien, Ahmed Lahlimi Alami, Haut commissaire au plan, défend ses méthodologies.


Enquête sur le niveau de vie: Un grand malentendu
- L’Economiste: Avec le recul, quelle analyse faites-vous des critiques, voire des réticences soulevées par l’enquête sur la classe moyenne ?

-Ahmed Lahlimi: L’information sur les revenus disponibles des ménages est fournie par la comptabilité nationale. Mais seules les enquêtes que nous effectuons sur les revenus et les dépenses de consommation de ces derniers permettent d’en connaître la distribution sociale. C’est à partir des résultats de ces enquêtes que nous avons dégagé les catégories sociales. A la réflexion, je pense que, sous la pression d’une grande demande de milieux universitaires et médiatiques en particulier, la publication des données sur les classes moyennes préalablement à celles relatives à la structure des revenus a été à l’origine de certains malentendus, largement dissipés aujourd’hui. Les réticences semblent procéder souvent de l’ignorance par leurs auteurs des réalités nationales et de leur obstination à substituer à l’analyse concrète de ces réalités des catégories abstraites et des schémas érigés en archétypes apostasiés. Sincèrement, avec le recul, j’ai peur que ne s’affaiblisse, dans le discours dominant de ces analystes, le souci de rigueur qu’exige la connaissance scientifique de la complexité des réalités nationales concrètes.
 
Problématique universelle
 
- Peu de gens croient par ailleurs au niveau de chômage (8%) relevé dans vos derniers travaux. Pourquoi l’opinion reste-t-elle encore si méfiante vis-à-vis de l’information dite «officielle»?

- Les taux et les indices statistiques constituent des synthèses de macro-réalités économiques et sociales, par nature, composites. De ce fait, ils sont forcément trop globaux pour épouser le ressenti de chaque ménage ou citoyen. Ceci étant, à côté de chaque indicateur global, il y a toujours une désagrégation de ses composantes à différentes échelles, territoriale et sociale. Ceci a vocation à réduire ce hiatus entre l’expression statistique des réalités et leur perception par les citoyens. Encore faudrait-il que ces derniers aient accès à l’intégralité de toute information statistique alors que les médias n’ont tendance à n’en relever que l’indicateur global. Du reste, les rapports entre les statistiques et le vécu des populations sont une problématique universelle, aujourd’hui au cœur de plusieurs débats dans des milieux spécialisés. Ceci étant, la publication d’indicateurs comme les taux de chômage ou les indices du coût de la vie donne toujours lieu à des polémiques politiques dans tous les pays où il y a des majorités et des oppositions, ceci est tout à fait normal. 
 
- Il est parfois reproché au HCP, et donc à son patron, des intentions politiques voulant embarrasser le gouvernement…
 
- Tous les indicateurs économiques et sociaux fournis par le HCP sont les produits d’enquêtes réalisées sur la base de concepts, de méthodes et de techniques obéissant aux stricts standards internationaux. Le calendrier de leur publication obéit à une régularité dictée par les délais techniques de leur élaboration et convenu dans le cadre de nos engagements avec le FMI et sous son contrôle. Il n’y a donc aucune interférence entre ce calendrier et les agendas gouvernementaux. J’ai toujours dit que la science est le seul référentiel du statisticien comme la loi est le seul référentiel du juge.
 
Retournement de dynamisme
 
- Le taux de croissance a été ajusté à la baisse plusieurs fois. Quelles sont vos prévisions pour la fin de l’année?

- Le budget économique dit exploratoire, publié en juin, tient compte de l’impact de l’évolution des variables exogènes de l’environnement international et des résultats de nos enquêtes de conjoncture menées auprès des opérateurs dans tous les secteurs de l’économie nationale. Il permet de réviser, à la lumière de ces données, les prévisions fournies par le budget dit prévisionnel publié en janvier et concernant l’année en cours et d’annoncer les premières prévisions relatives à l’année suivante. C’est ainsi que pour 2009 nous avons annoncé un taux de 2,4% pour 2010 et ajusté à la baisse la croissance de l’année 2009. Celle-ci serait de 5,3% et devrait être tirée, en particulier, par le secteur primaire favorisé par une année agricole exceptionnelle, l’importance des services et le dynamisme des BTP.
 
- En quoi la baisse substantielle des recettes fiscales peut-elle influer sur les choix de politique économique dans la prochaine loi de Finances?

- Depuis 2005, les recettes fiscales ont connu régulièrement de fortes hausses de l’ordre de 19,8% du PIB en moyenne annuelle. L’évolution en 2009 de la situation budgétaire de l’Etat indique un retournement de dynamisme de ces recettes. Il est évident que si cela se confirmait, les marges de manœuvre du budget 2010 devraient se réduire.

Propos recueillis par Tarik HARI - L’Economiste - Édition N° 3103 du 08/09/2009


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