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HCP : 52 000 enquêteurs pour le recensement de septembre 2014. Entretien avec Ahmed Lahlimi Alami, Haut-commissaire au Plan



HCP : 52 000 enquêteurs pour le recensement de septembre 2014. Entretien avec Ahmed Lahlimi Alami, Haut-commissaire au Plan

ALM : L’année 2014 sera celle du recensement de la population, comment se prépare un tel événement ?
 

Ahmed Lahlimi Alami : Le Recensement général de la population et de l’habitat est une opération lourde qui demande, au préalable, d’énormes préparations. La plus grande étape préparatoire d’un recensement consiste en la cartographie de la population. Son but est d’avoir une idée précise sur la répartition de la population et de l’habitat au sein du territoire national pour définir les différents districts de recensement. Leur nombre serait cette année de l’ordre de 48.000 ! Des limites précises de chaque district sont ainsi fixées pour éviter tout  chevauchement d’un district avec l’autre lors de l’opération de recensement. 

48.000 districts, cela paraît énorme. Combien d’enquêteurs participeront donc au recensement ?
 

L’objectif de l’opération cartographique est justement de permettre de savoir avec précision quel sera le besoin en enquêteurs nécessaires pour mener à bien les opérations de recensement. A ces enquêteurs il faudrait ajouter les contrôleurs et les superviseurs chargés de veiller à la bonne exécution des opérations. À cet effet, nous avons prévu, cette année, la mobilisation sur le terrain de pas moins de 52.000 enquêteurs, contrôleurs et superviseurs. 

Existe-t-il une méthode pour évaluer l’efficacité d’un questionnaire de recensement ?
 

Il s’agit, en particulier, du «recensement pilote» qui concerne un échantillon représentatif de la population soumis aux mêmes conditions que celles du recensement. Cela permet de vérifier si le questionnaire est cohérent et si sa formulation est facilement assimilable par la population. Il s’agit aussi du processus de formation des recenseurs et des cadres de contrôle et de supervision qui démarrera dès mars prochain. Le recensement proprement dit sera réalisé en septembre 2014. Ce sera exactement dix années après le dernier recensement qui eut lieu en septembre 2004.

Revenons-en à 2013 et au taux de croissance. Même avec une campagne agricole exceptionnelle, celui-ci n’a guère dépassé les 4,4%, alors que l’on prévoyait beaucoup plus. Pourquoi?
 

Vous savez les prévisions restent toujours des prévisions par nature vouées à être révisées ! Il faut attendre notre publication des résultats des comptes nationaux pour avoir des indicateurs définitifs concernant l’économie marocaine pour l’année 2013. Nos prévisions en février 2013 étaient pour cette année de 4,8 %. En juin 2013, nous les avons révisées à 4,6%. Nos dernières estimations tablent sur 4,4% mais elles restent des estimations. Toujours est-il que pour l’année 2014 nous sommes dans des prévisions de l’ordre de 2,4% pour la croissance. Leur révision interviendra en juin prochain. 

Bank Al-Maghrib vous rejoint également concernant le taux de croissance. Utilise-t-elle la même base que vous pour ses prévisions ?
 

Bank Al-Maghrib n’a pas prévu de taux de croissance sur des bases autres que celles que nous avons nous-mêmes publiées ou que le gouvernement a prévues. Il faut néanmoins faire la différence entre nos estimations et les objectifs fixés par le gouvernement. Nos estimations découlent d’analyses qui se basent sur des travaux reposant sur la comptabilité nationale et sur des enquêtes auprès d’entreprises de différents secteurs, etc. Elles donnent, bien sûr, l’évolution prévisible du PIB mais aussi celle de tous les emplois du PIB (consommation, investissement, exportations, etc.).
 

Les prévisions du gouvernement reposent, quant à elles, sur des travaux opérés par leurs services. Ces travaux sont basés sur l’évolution générale de l’économie et, bien entendu, sur des objectifs que le gouvernement compte politiquement réaliser. Bank Al-Maghrib, pour sa part, se place souvent, compte tenu de ses spécificités institutionnelles, entre nos prévisions et les objectifs fixés par le gouvernement.

Vous maintenez donc vos estimations sur le taux de croissance à la baisse en dépit des fortes précipitations qui ont eu lieu récemment?
 

Nous continuons, comme le gouvernement, à retenir l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne pour 2014. Par ailleurs, les activités non agricoles avaient en 2013 accusé un ralentissement, voire une baisse. Leur croissance n’avait pas dépassé 2%. En revanche l’agriculture, avec une excellente campagne, avait vu sa valeur ajoutée croître de 20% et aurait porté la croissance du pays. 2014 ayant démarré dans des conditions moins favorables, la valeur ajoutée de l’agriculture va forcément baisser. Par contre, les activités non agricoles devraient reprendre du souffle sans probablement atteindre leur taux de croissance affiché avant la crise mondiale. Globalement, nos prévisions pour la croissance du PIB portent sur 2,4% pour 2014. Je ne pense pas que l’évolution de l’économie marocaine dans le contexte international nous permettra de revoir ces prévisions à la hausse.

Est-ce que le HCP peut évaluer l’impact de la réforme de la retraite et de la compensation sur les ménages en 2014 ?
 

En ce qui concerne l’évaluation des effets d’une décompensation des prix de produits de base au Maroc, nous avons déjà fait une étude exhaustive sur cette question. Nous avons ainsi évalué les effets éventuels d’une telle décompensation aussi bien sur les entreprises que sur les ménages. Ceci étant, à chaque fois qu’une baisse des subventions sur tel ou tel produit sera décidée par le gouvernement, nous sommes outillés pour analyser ses effets sur l’ensemble de l’économie nationale et ses différents acteurs.

Est-ce que le gouvernement vous consulte quand il a envie de toucher à la compensation ?
 

Il l’a fait, si je ne me trompe pas, une seule fois ! Le gouvernement nous avait, en effet, demandé d’exposer les travaux que nous avions accomplis sur la compensation et ses effets. Nous avions répondu à sa demande. Du reste, le gouvernement n’a pas l’obligation de nous consulter sur ses décisions. De notre côté, nous nous limitons à la stricte conformité de nos travaux à ce que prévoient les attributions du Haut-Commissariat au Plan, en vertu desquelles cette institution est chargée de réaliser les études économiques, sociales et démographiques. Nous n’interférons jamais dans les décisions gouvernementales.

Vous avez été critiqué par le PJD après la publication d’une étude sur les prix au lendemain de l’activation de l’indexation. Est-ce que cela a remis en cause d’une certaine manière l’indépendance du HCP ?
 

En fait jamais, à ma connaissance, le PJD, en tant que tel, ne nous a critiqués sur quelque aspect que ce soit. Certes, il est arrivé que quelques membres du gouvernement n’aient pas été contents de nos évaluations des effets de certaines décisions annoncées. Je pense personnellement qu’ils avaient tort et nous l’avons fait entendre publiquement. L’indépendance du HCP est une constante depuis la création de cette institution par SM le Roi. Quel que soit le gouvernement en place, notre indépendance doit rester nécessaire et respectée.

En tant qu’ancien Usfpiste, quelle relation entretenez-vous avec le gouvernement actuel ?
 

Jusqu’à ma nomination à la tête du Haut-commissariat au Plan, j’ai été de toutes les grandes étapes de l’USFP et auparavant de l’UNFP, depuis leur création et à des niveaux élevés de réflexion et de décision ! Néanmoins, pendant toute ma vie, j’ai tenu énormément à mon autonomie intellectuelle et c’est sur cette base que je me suis toujours déterminé dans mes positions et mon comportement politiques ou autres. C’est dans la mesure de cette indépendance intellectuelle que je pense avoir été utile. Aujourd’hui, je continue à me déterminer sur les mêmes bases.
 

Je garde mes idées personnelles pour moi-même et je m’en tiens, dans leur expression, à une stricte obligation de réserve que requiert ma responsabilité à la tête d’une institution qui assume l’engagement national et international de n’avoir d’autre allégeance qu’aux exigences de la science et aux normes reconnues par la pratique internationale. C’est là la mission que SM le Roi a confiée au Haut-commissariat au Plan, lors de sa création. Je me dois personnellement de m’y conformer de la manière la plus sourcilleuse. Du coup, la couleur politique du gouvernement n’a aucune espèce d’interférence dans la conduite de nos travaux, leur orientation ou leurs résultats.

Quelle lecture faites-vous des perspectives économiques marocaines?
 

Le Maroc a une économie créditée d’un potentiel incontestable. Des orientations pertinentes président à ses objectifs. Son itinéraire montre, grâce à ces orientations, qu’elle s’inscrit dans une démarche de compétitivité croissante dans l’avenir. Mais l’économie marocaine a des fragilités auxquelles il faudra faire face par des réformes structurelles et par une gestion macroéconomique efficace.


Aujourd'hui Le Maroc - Houda El Fatimi Le : 2014-01-30 N° : 3097


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