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Le Maghreb peut jouer un rôle central


Une réflexion prospective sur le futur commun de la zone euroméditerranéenne


Le Maghreb peut jouer un rôle central
Le matin : Vous avez organisé un forum international portant sur le «Maghreb 2030 dans son environnement euro- méditerranéen et dans la perspective de l'Union pour la Méditerranée» qui a réunit de grandes personnalités, ex-Premiers ministres et ministres, ambassadeurs, chercheurs, du Maghreb et de l'Union européenne.Quelle est l'opportunité de cette réunion ?

Ahmed lahlimi alaoui : Nous avons pris l'engagement, ici même au printemps 2007, dans le cadre de l'exercice de prospective dédié au Maroc de 2030 de nous réunir entre Maghrébins, avec des amis européens pour initier une réflexion prospective sur notre futur commun. Cette réflexion constitue, pour nous, un moment fort de ce long processus, mené depuis 2004 sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
A cinquante jours de la tenue du sommet de Paris et au moment où les débats autour des propositions de la Commission vont s'engager au sein de l'Union européenne ce sont les ultimes opportunités offertes pour mieux cerner le cours des choses et enrichir sans grande prétention mais avec espoir, le projet en cours de gestation du Barcelone Plus. Ce forum est d'autre part une occasion pour la France qui présidera l'Union européenne, à partir du 1er juillet, pour expliciter le projet de l'Union pour la Méditerranée dont elle est l'initiatrice et pour prendre acte des réactions de l'élite maghrébine qu'aura suscitées la proposition de la Commission européenne, rendue publique tout récemment.

Un des intervenants a évoqué les grandes crises qui s'annoncent, sécuritaires, financières, alimentaires, énergétiques, climatiques et qui constituent le processus de conjonction de phénomènes destructeurs. Vous-mêmes avez constaté dans votre intervention les limites de la globalisation ?

La mondialisation a produit tous les effets escomptés en matière de financiarisation des échanges internationaux de biens et services et d'accélération de leur croissance. Elle a généré une large convergence des gouvernances économiques nationales ou régionales et suscité une quête universelle pour les valeurs de liberté, de démocratie et de droits de l'Homme. A-t-elle pour autant répondu à toutes les attentes ? La crise financière de nature systémique qui menace la stabilité du système financier international, le dérèglement du marché des produits alimentaires et énergétiques et ses effets désastreux sur les populations pauvres, le réchauffement du climat et bien d'autres crises globales, sont autant d'indicateurs qui montrent que la mondialisation est loin d'être maîtrisée. Les instruments de régulation conçus après la Seconde Guerre mondiale (Bretton Woods, San Francisco, La Havane) ont montré leurs limites, comme l'ont souligné d'éminentes personnalités.

Notre forum se tient dans un contexte d'incertitudes et d'absence de vision prospective commune de l'avenir du monde. Les grands questionnements qui s'y attachent ne peuvent évidemment pas être absents de nos préoccupations et en premier lieu la pertinence d'une approche euro-méditerranéenne qui reposerait sur une réponse collective et solidaire à des défis communs. C'est à mon avis le premier maillon ou échelon d'une gouvernance mondiale rénovée dont nous avons grandement besoin. Nous nous trouvons aujourd'hui dans une conjoncture régionale méditerranéenne sensible où le poids de conflits endémiques continue d'influencer le tempo et la tonalité de toute action commune.

Dans cette Méditerranée complexe, à défaut d'être uniforme, il nous semble que l'ensemble maghrébin a ses spécificités, ses atouts et ses ressources, notamment humaines, pour jouer un rôle central dans le « Barcelone Plus ». L'action commune maghrébine qui permettrait d'exploiter ces atouts, se doit de reposer sur un socle de valeurs communes et d'objectifs partagés. Nous continuerons pour notre part, malgré tous les aléas conjoncturels à œuvrer pour une démarche crédible de relance du projet maghrébin. Tous les participants à ce forum ont convenu chacun à sa manière à l'urgence d'une telle démarche.

Qu'entendez-vous par urgence ?

Les pays du Maghreb doivent affronter des problèmes communs et des défis : le taux de chômage chez les jeunes qui est de l'ordre de 24%. Le Maghreb doit, du fait de sa croissance démographique, créer chaque année plus d'1 million de nouveaux emplois. La population agricole est de plus en plus fragilisée par la désertification, le taux de couverture alimentaire est passé de 116 à 23% depuis 1970.

Pourtant le non-Maghreb continue, comme l'a souligné M. Tayeb El Fassi, a pesé lourd sur la situation actuelle ?

Le non-Maghreb on l'a vu représente un coût considérable et entrave la coopération avec l'Union européenne. On l'a vu, le développement des PME-PMI, de l'agriculture, de l'industrie et des services et leur agrégation dans les chaînes de valeurs globales sont demeurées limitées ainsi que la valorisation des territoires, et la production locales d'innovations.

Quelles pourraient être les premières conclusions de ce forum international ?

L'Union européenne pour la Méditerranée, puisque c'est sa nouvelle appellation, pourrait apporter une dimension nouvelle au processus de Barcelone, en particulier en restituant les rapports euro-maghrébins dans une perspective de co-développement revisité. C'est la conclusion de l'équipe qui a travaillé sur la synthèse de nos travaux. Cela implique une notion nouvelle de partenariat, de responsabilité partagée et de mobilisation des acteurs notamment ceux de la société civile des deux rives qui doivent ensemble élaborer des projets.

Exemple de projets ?

Il y a bien sûr les grands projets relatifs à la dépollution, à la sécurité énergétique, à l'émigration, au développement des investissements…Certains projets de co- développement concrets ont retenu l'attention. Ils sont nombreux, je pense au transfert de connaissances et de management des méthodes de travail des pays de la rive Nord au Sud, à la mise en place de processus et de mises en réseau experts administration, société civile, pour développer la collégialité, la gouvernance et la démocratie. La reconnaissance et la démocratisation du savoir comme un bien public essentiel. Pour illustration, la mise en place d'un réseau Ibn Khaldoun et le développement des jumelages entre les universités et les écoles.

Propos recueillis Par Farida Moha. Le matin : 25 - 05 - 2008


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