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Le Maroc entre OMD et ODD, les acquis et les défis, par Ahmed Lahlimi Alami, Haut-Commissaire au Plan




Extraits :


Sous les bons auspices des mutations annoncées, un processus de réformes a été amorcé avec la résolution de réduire les inégalités sociales, territoriales et de genre et de démocratiser le système institutionnel de gouvernance. Des avancées significatives ont été
progressivement réalisées sur la voie de ces objectifs en synergie avec l’émergence, dans la vie économique et sociale, de nouvelles générations ouvertes sur le monde et aspirant à moderniser leur modèle de consommation.

La nouvelle Constitution consacre, dans ses dispositions générales, le caractère « constitutionnel, démocratique, parlementaire et social » de la monarchie marocaine, délimite les pouvoirs du Roi à son double titre de Chef d’Etat et de « Commandeur des croyants », renforce les pouvoirs du Parlement et élargit le champ des attributions du Gouvernement et les prérogatives de son chef. Outre la régionalisation avancée, elle consacre les réformes sociétales et institutionnelles mises en œuvre, depuis les années 2000, et ouvre la voie à une nouvelle génération d’avancées démocratiques.

La participation des citoyens, notamment des femmes, des jeunes, et des différents types d’association de la société civile à la gestion démocratique des politiques publiques dans les domaines économique, social et politique, jusqu’alors plutôt « circonstancielle », s’inscrit, ainsi, dans le socle constitutionnel. Par une disposition novatrice, la Constitution confère, par ailleurs, à l’équilibre des finances publiques le rang d’une obligation constitutionnelle du Gouvernement et du Parlement. De ce fait, la durabilité du modèle de croissance de l’économie devient une exigence nationale qui engage la responsabilité de l’Etat.
Ces dispositions à caractère économique et sociétal constituent, dès lors, le référentiel budgétaire et institutionnel de ce modèle.

Un modèle partenarial de croissance (Extraits)

Dans ce processus de reconfiguration de son paysage et de son profil économique, le Maroc a dû, entre 1999 et 2014, investir, en moyenne annuelle, 107,2% de son épargne nationale. Avec un taux de 31,7% du produit intérieur brut (PIB), passant de 25,8% en 1999 à 32,2% en 2014, le Maroc a multiplié par près de trois l’investissement national brut en valeur. Il a renforcé son économie par des infrastructures économiques et sociales de grande qualité et en a amélioré notablement l’attractivité sans, cependant, en avoir modifié significativement les structures. Les secteurs classiques de l’industrie, des mines et de l’énergie, avec 21% du PIB, ont plutôt tendance à connaître une baisse de leurs taux de croissance ou de leurs parts dans les exportations. Récemment, des produits émergents de l’automobile, de l’électronique et de l’aéronautique ont, néanmoins, amorcé une relative percée dans la valeur ajoutée nationale et apporté une précieuse aubaine à l’offre nationale exportable. Il n’en reste pas moins que l’agriculture, les services et les BTP continuent d’être, avec 69,2%, les principaux contributeurs au PIB. Largement dominés par des activités de faible productivité ou informels, ils sont également les principaux marqueurs de la structure de l’emploi où ils représentent au total 87,5%, avec respectivement 42,7%, 36,8% et 8,1% .

Un modèle de croissance à l’épreuve de la crise (Extraits)

C’est dans ces conditions que l’économie nationale, entraînée par la vitesse acquise de son dynamisme, a marqué une relative résilience aux effets de la crise internationale de 2007-2008. Frappant de plein fouet les économies des principaux partenaires du Maroc notamment européens, cette crise a, en particulier, impacté les performances des secteurs non agricoles.
En perdurant, cet impact s’est aggravé sous l’effet des politiques de restrictions budgétaires et des mesures quasi protectionnistes adoptées par certains de ces pays.

La crise internationale a eu cette vertu de révéler l’essoufflement d’un modèle de croissance tiré par la demande intérieure sans la compétitivité d’une offre nationale exportable pour en assurer, dans la durée, un financement soutenable. Aussi, prenant acte de l’origine structurelle de cet essoufflement, le Maroc s’est-il engagé dans une nouvelle génération de réformes, longtemps reportées, pour rétablir les équilibres macroéconomiques, se prémunir contre les risques de détérioration des équilibres sociaux et
apporter à son modèle de croissance les ressorts d’une plus grande durabilité.

Entre OMD et ODD, les acquis et les défis (Extraits)

A la lumière de ces débats et des enquêtes et études réalisées par le HCP, l’institution indépendante en charge de la statistique, le Maroc peut se prévaloir d’avoir été en mesure d’honorer ses engagements au titre des OMD, à l’horizon de 2015. Ces objectifs ont été, en quasi-totalité, réalisés ou en voie de l’être à cet horizon.

De son côté, la vulnérabilité à la pauvreté, appréhendée selon l’approche de la Banque mondiale, même si elle s’avère faible en milieu urbain avec une incidence de 6,9%, se maintient malgré une forte baisse en milieu rural où elle est passée de 30% à 18%. 

La réalisation des OMD s’est inscrite et se prolonge au-delà de 2015, au cours de l’agenda international de développement durable dans le contexte de la triple transition démographique, économique et sociétale qui constitue la dimension fondamentale des tendances lourdes du processus de développement au Maroc. 
 
Un contexte de transition démographique avancée (Extraits)

L’effectivité de l’aubaine potentielle portée par la transition démographique en dividende effectif au profit du développement économique et humain est, ainsi, largement liée à la capacité du pays à réformer le système d’enseignement et de formation pour en résorber les déficits quantitatifs perdurants, en améliorer l’efficience interne et en habiliter les bénéficiaires à s’adapter à une demande de plus en plus exigeante du marché du travail.

Quelque nécessaire et urgente qu’elle soit, la réforme de l’enseignement demeurerait insuffisante sans une offre nationale créatrice d’une valeur ajoutée croissante et pourvoyeuse d’emplois de qualité en mesure de valoriser les compétences acquises par une main-d’œuvre mieux formée. Aussi doit-elle s’inscrire dans le processus amorcé de la nécessaire restructuration des sources sectorielles
et technologiques d’une compétitivité plus forte et durable de son économie. 

Le contexte d’une économie en voie de restructuration (Extraits)

L’autre défi que le Maroc devrait relever se mesure à sa capacité de consolider l’accumulation du capital humain en tant que levier, avec le capital physique, du développement économique et social. Les travaux du HCP sur la productivité de l’économie nationale ont montré qu’aussi bien le nombre d’années de scolarisation que l’espérance de vie à la naissance, qui renseignent sur les efforts consentis par les pouvoirs publics en matière d’offre des services d’éducation et de santé, ont connu, au cours des dernières années, des améliorations significatives. Le nombre moyen d’années d’études par actif occupé a augmenté de plus de moitié (59,3%) au cours des deux dernières décennies, passant de 3,2 en 1991 à 5,1 en 2013, et le taux de survie de la population âgée de 15 à 59 ans a été de 920 ‰ en 2013, en augmentation de 9,6% entre 1988 et 2010. C’est ainsi que l’indice du capital humain a connu une hausse de 15,8% entre 1991 et 2013 pour se situer à 2,9 (graphique n° 10), comparable à celui du Brésil (2,6) et de la Chine (3,0).

Le souci d’une économie verte (Extraits)

Dans ce cadre, le défi majeur que le Maroc devrait relever serait au cœur de sa capacité à maximiser son adaptation aux effets des changements climatiques. Cet objectif devrait s’articuler autour d’une gestion intégrée des ressources en eau dans la perspective d’assurer une solidarité spatiale amont-aval et intergénérationnelle privilégiant le temps écologique dans la planification. L’inversion des tendances de dégradation par la réduction des pertes en terres de 30 à 50% et la réduction de l’envasement des barrages qui permettrait de gagner un potentiel d’irrigation de l’ordre de 10 000 hectares par an ont vocation à être entièrement prises en charge par le plan d’action national d’aménagement des bassins versants, le plan national de l’eau et le plan national d’économie d’eau d’irrigation. De même, une inflexion majeure des modèles d’exploitation agricole vers un plus grand respect de la vocation des terres et du potentiel des écosystèmes naturels implique de réorienter les plans sectoriels de développement avec un plus grand souci du développement durable. 

L’émergence d’un nouveau contexte sociétal (Extraits)

L’analyse des résultats de l’Enquête démographique à passages répétés de 2010 avait déjà montré, à travers les comportements démographiques, les transformations profondes que connaissaient les systèmes de valeurs et les comportements sociétaux dans le contexte d’un fort brassage des populations, sous l’effet d’une urbanisation croissante, d’une montée rapide de la nucléarisation des familles et de la persistance d’une forte mobilité interne et externe de la population notamment parmi les jeunes et les femmes. La fécondité de plus en plus contrôlée a été, à cet égard, relevée comme un révélateur de ces mutations, en ce qu’elle implique des choix individuels ou des choix de couple, en rupture avec les valeurs d’une société traditionnelle.

La Constitution de 2011 a su répondre à l’émergence de cette forte demande sociale en donnant à ses dimensions démocratiques une consécration constitutionnelle et aux catégories sociales qui les expriment un cadre institutionnel d’interlocution, de proposition et de participation pour contribuer à leur prise en compte par les décideurs politiques. C’est à cet effet que, à côté d’autres dispositions à caractère économique et sociétal, elle a prévu l’institution du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, du Conseil de la famille et de l’enfance et la mise en place de l’autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination.

La cohésion sociale que devrait renforcer cette dimension participative consacrée par la Constitution devrait constituer, en dernier ressort, la finalité d’une croissance économique au service des Objectifs du Développement Durable. Aussi doit-elle trouver dans un double processus de baisse des inégalités de situation et des inégalités des chances le socle de sa robustesse et le facteur de sa pérennisation. La baisse des inégalités de situation devrait trouver son expression dans un mode équitable de répartition des fruits de la croissance et un fonctionnement démocratique du dialogue social devenu également une exigence constitutionnelle. La baisse des inégalités des chances continuerait à rester tributaire d’une stratégie de dotation de tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance de classe, de sexe et de milieu d’habitat, d’une égale capacité d’accéder au savoir, à l’avoir et au pouvoir. 


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