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Les Perspectives de l’économie nationale en 2009


* Taux de croissance estimé pour 2008 de 5,8% et prévu pour 2009 de 6,7% ;
* ralentissement de la croissance des activités non agricoles qui passerait de 5% en 2008 à 3,9% en 2009, suite à la récession de l’économie mondiale;
* augmentation de la croissance du secteur primaire de 22,3% en 2009 au lieu de 11,1% en 2008, et contribuerait de 3,2 points à la croissance économique de 2009 au lieu de 1,3 point en 2008 ;
* augmentation du déficit du compte courant de la balance des paiements : de -0,1% du PIB en 2007 à -4,6 du PIB en 2008 et à -5,7% du PIB en 2009.


Les Perspectives de l’économie nationale en 2009
Comme chaque année, au mois de janvier, le Haut Commissariat au Plan publie le budget économique prévisionnel 2009 qui donne une estimation du bilan de l’année écoulée et les perspectives économiques de l’année débutante. Ce document présente une révision des perspectives publiées dans le budget économique exploratoire au mois de juin 2008.

Le budget économique prévisionnel 2009 se réfère aux résultats des enquêtes trimestrielles et des travaux de suivi et d’analyse de conjoncture menés par le Haut Commissariat au Plan durant le deuxième semestre 2008, notamment en matière de production, des prix, d’investissement et de financement. Il tient compte également des dispositions de la loi de Finances 2009, adoptée en décembre dernier par le Parlement, ainsi que des nouvelles donnes de l'environnement national et international.

1-L’environnement international

Après quatre années de croissance vigoureuse bénéficiant à l’ensemble des pays avancés, émergents et en développement, l’économie mondiale est entrée depuis la fin de l’année 2008 dans une phase de récession. La crise du marché de l’immobilier et par la suite celle du marché financier aux Etats-Unis d’Amérique s’est propagée au reste du monde, à travers l’interdépendance des places financières, créant ainsi un climat d’incertitude et une atténuation de la confiance des investisseurs et de la demande sur les marchés réels des économies.

Les perspectives établies par les organismes internationaux dégagent une baisse accentuée de la croissance économique mondiale, passant de 5% en moyenne annuelle de la période 2004-2007 à 3,4% en 2008 et à 0,5% en 2009, notamment sous l’effet de la récession de la majorité des pays industrialisés, prévoyant pour la première fois des croissances économiques négatives . Dans la même tendance, le volume du commerce mondial serait en recul de -2,8% en 2009 au lieu d’une hausse de 7% en moyenne annuelle de la période 2004-2008. Les importations des économies avancées seraient en nette régression, ce qui réduirait la demande mondiale adressée aux pays émergents et en développement.

Sur le registre des prix, la récession économique mondiale atténuerait la pression sur les marchés des matières premières. Les cours internationaux des produits bruts, particulièrement le pétrole brut, qui ont atteint des niveaux extrêmement élevés au cours du premier semestre de 2008, ont emprunté une tendance baissière au second semestre de l’année. Ainsi, le cours moyen du pétrole passerait de 97 $/baril estimé pour 2008 à 50$/ baril en 2009. Le prix moyen des autres produits alimentaires et miniers serait également en baisse de 29,1%. Ce fléchissement des prix affaiblirait les tensions inflationnistes au niveau mondial. La hausse des prix à la consommation ne dépasserait pas 0,3% pour les économies avancées et 5,8% pour les pays en développement au lieu de 3,5% et 9,2% en 2008 respectivement.
Concernant le marché de change, l’euro s’est apprécié continuellement depuis quelques années par rapport au dollar américain. Cependant, il enregistre actuellement un revirement de tendance et sa parité vis-à-vis du billet vert passerait de 1,5 en 2008 à 1,3 en 2009, ce qui serait de nature à améliorer la compétitivité des produits européens relativement à ceux des Etats-Unis d’Amérique.

S’agissant de la politique monétaire au niveau mondial, les taux d’intérêt directeurs des principales banques centrales ont été réduits d’une manière significative pour relancer le financement de l’économie. Ainsi, le taux d’intérêt américain est passé de 5% au début de 2008 à 0,25% en décembre 2008, et celui de la banque centrale européenne a été également révisé à la baisse, en passant de 4,25% à 2,25%.

2-L’évolution de l’économie nationale

2-1-Les hypothèses sous-tendant les perspectives économiques

L’activité économique nationale serait affectée par l’évolution de l’environnement international. La demande mondiale adressée au Maroc, qui s’est accrue de 5,6% en 2007 et 2% en 2008, serait en baisse de 1,2% en 2009. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) qui ont enregistré une légère baisse de 2,4% en 2008, sont supposés connaître un nouveau recul de 5% en 2009. Les flux des investissements directs étrangers reçus par le Maroc, de leur côté, en diminution de 37% en 2008, afficheraient une nouvelle baisse de 20% en 2009. Quant aux recettes touristiques générées par le tourisme international, elles seraient en stagnation en 2009 après avoir enregistré une baisse de 3,5% en 2008.

Cependant, l’économie nationale bénéficierait d’un ensemble de facteurs internes susceptibles d’absorber les effets des chocs extérieurs :

• les performances de la campagne agricole 2008-2009 s’annoncent prometteuses. Le cumul pluviométrique, enregistré jusqu’au début du mois de janvier a dépassé de 106% celui d’une année normale et les barrages ont enregistré un taux de remplissage de 66,6% au lieu de 46,3% durant la même période en 2008. Le secteur agricole bénéficierait, en outre, des actions particulières dans le cadre de la loi de finances 2009, se traduisant par une augmentation de 76% des crédits alloués en sa faveur. Dans ces conditions, la production des cultures céréalières atteindrait, selon un scénario moyen, 70 millions de quintaux. Ceci, conjugué à l’amélioration de la production de l’élevage et des autres cultures agricoles engendrerait un accroissement considérable de la valeur ajoutée agricole en 2009 ;

• les effets de la politique budgétaire expansive marquée par la hausse de 23,5% de l’investissement public consolidé, la baisse des taux marginaux de l’impôt sur le revenu, la progression de 9% de la masse salariale et l’augmentation de 15,7% des autres dépenses de fonctionnement;
• les tensions inflationnistes qui ont marqué le marché intérieur des biens et services en 2007 et 2008, seraient allégées en 2009, suite à la baisse des prix à l’importation du pétrole brut et des autres matières premières ;
• le système financier marocain, notamment le secteur bancaire, montre une résilience face aux effets de la crise financière internationale, en témoignent les bonnes performances réalisées par les banques marocaines en 2008 ;
• la politique monétaire prévue pour assurer à l’économie nationale en 2009 des conditions de financement favorables, notamment après la baisse du taux de réserve obligatoire de 15% à 12% à fin décembre 2008.

2-2-La croissance économique

Le secteur secondaire (mines, énergie, industries de transformation et bâtiment et travaux publics) dégagerait une valeur ajoutée en hausse de 3% en 2009, soit une baisse de 1,8 point par rapport à 2008 et de 2 points par rapport à la croissance moyenne durant la période 2004-2007. La valeur ajoutée du secteur tertiaire (les services marchands et non marchands) s’accroîtrait de 4,3%, en diminution de 0,9 point par rapport à 2008 et de 1,5 point par rapport à la croissance moyenne de la période 2004-2007.

Les activités non agricoles (secondaire et tertiaire) seraient globalement, en net ralentissement en 2009, en progressant à un rythme modéré de 3,9% au lieu de 5% en 2008 et 6,2% en 2007, soit une perte de 1,8 point par rapport à la croissance moyenne de la période 2004-2007. Ce fléchissement a déjà été révélé par le budget économique exploratoire, publié au mois de juin 2008, ainsi que par les travaux de suivi de la conjoncture menés par le Haut Commissariat au Plan durant le deuxième semestre de cette année. Néanmoins, la hausse attendue de la valeur ajoutée du secteur primaire d’environ 22,3% en volume, atténuerait les effets du ralentissement des activités non agricoles sur la croissance de l’économie nationale, particulièrement en 2009.

Ainsi, le Produit Intérieur Brut (PIB) composé des valeurs ajoutées de l’ensemble des activités économiques ainsi que des impôts et taxes nets de subventions sur les produits (TNS), aurait réalisé une amélioration de 5,8% en 2008 et s’accroîtrait d’environ 6,7% en 2009. La part de la valeur ajoutée du secteur primaire dans le PIB passerait de près de 12,8% en 2008 à 16,5% en 2009, alors que celle des activités non agricoles (y compris TNS) passerait respectivement de 87,2% à 83,5%.

Dans ce contexte marqué par l’amélioration de la croissance économique en 2009, la hausse des prix intérieurs serait maîtrisée, grâce à la baisse notable des prix à l’importation et à l’objectif de Bank AlMaghrib visant à assurer un financement de l’économie concilié avec la maîtrise de l’évolution des prix. Ces éléments laissent à présager un accroissement du prix implicite du PIB aux environs de 2% en 2009 au lieu de 3% en 2008 et 3,8% en 2007.

2-3-Les emplois du Produit Intérieur Brut

La croissance économique nationale serait de plus en plus tirée par la demande finale intérieure qui contribuerait de 10,7 points en 2009 au lieu de 10 points en 2008. La consommation finale des ménages résidents en volume s'accroîtrait de 8,7% en 2009 au lieu de 6,5% en 2008, notamment sous l’effet de l’amélioration de leurs revenus bruts disponibles ainsi que de leur pouvoir d’achat. La consommation finale des administrations publiques, pour sa part, augmenterait de 11,5% au lieu de 6% en 2008, suite à la hausse significative des dépenses budgétaires de fonctionnement.

Compte tenu de ces évolutions, la contribution à la croissance économique de la consommation finale nationale (consommation finale des ménages résidents et consommation des administrations publiques) atteindrait 7,3 points en 2009 au lieu de 4,9 points en 2008.

Parallèlement, la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), profitant essentiellement de l’expansion de l’investissement public consolidé et de l’investissement privé dans le domaine de l’habitat, serait en hausse de 10% en 2009 au lieu de 9,5% en 2008. De ce fait, l'investissement brut, qui intègre en plus de la FBCF la variation de stocks, contribuerait pour 3,4 points à la croissance économique en 2009 au lieu de 5,1 points en 2008.

Toutefois, la contribution des échanges extérieurs de biens et services continuerait d’être négative. Les exportations nettes d’importations (y compris les recettes des voyages) dégageraient une contribution à la croissance économique de l’ordre de -4 points en 2009 au lieu de -4,1 points en 2008. L’année 2009 serait marquée par une baisse des exportations de biens et services en volume, alors que les importations continueraient dans leur tendance haussière, sous l’effet du démantèlement tarifaire et des effets multiplicateurs de l’amélioration de la demande domestique.

2-4-Le Financement de l’économie

Le PIB à prix courant serait en hausse de 8,8% en 2009, alors que la consommation finale nationale s’accroîtrait à un rythme plus rapide, d’environ 9,8%. Par conséquent, l’épargne intérieure serait en baisse et représenterait 21,4% du PIB nominal au lieu de 22,2% en 2008 et 23,4% en 2007. Elle resterait par ailleurs inférieure à l’investissement brut qui représenterait 35% du PIB en 2009, en légère diminution par rapport à 36,1% en 2008.

Durant les années 2002-2006, le déficit du financement intérieur a été comblé par les revenus nets en provenance du reste du monde. Cependant, ces revenus nets prévus pour 2009 seraient en recul, sous l’effet d’une légère baisse des transferts des MRE, d’une stagnation des recettes touristiques et de l’accroissement des flux négatifs des revenus d’investissement étranger réalisé au Maroc.

Les revenus nets reçus par le Maroc représenteraient 7,9% du PIB en 2009 au lieu de 9,3% en 2008. De ce fait, l’épargne nationale serait de 29,3% du PIB en 2009 au lieu de 31,3% du PIB en 2008. Le compte épargne-investissement dégagerait par conséquent un besoin de financement d’environ 5,7% du PIB en 2009 au lieu de 4,6% en 2008. Cette situation traduit l’accentuation du déficit courant de la balance des paiements après les excédents générés durant la période 2001-2006.

Sur le registre des finances publiques, celles-ci auraient enregistré un excédent budgétaire de l’ordre de 0,5% du PIB en 2008 après celui de 0,3% du PIB en 2007, et ce, malgré la hausse excessive des dépenses de soutien des prix à la consommation. Pour l’année 2009, la loi de finances, retenant une politique budgétaire expansive, devrait engendrer un déficit ne dépassant pas 2,9% du PIB. Il convient de souligner, toutefois, que le projet du budget 2009 a été élaboré, pour ce qui est des dépenses de compensation, sur la base d’hypothèse maintenant les prix internationaux des matières premières relativement élevés, ce qui ne serait pas le cas selon les perspectives internationales.

Quant au secteur monétaire, caractérisé par une progression rapide de la masse monétaire de près de 15,8% en moyenne annuelle durant la période 2005-2007, il a été marqué par un léger ralentissement en 2008, soit un rythme de 10,8%. Pour l’année 2009, la hausse de la masse monétaire ne dépasserait pas 13,1%, sous l’effet de la baisse des avoirs extérieurs nets de près de 13%, prévue pour la deuxième fois depuis l’année 2000 après celle de 5,5% en 2008. Les flux des capitaux non monétaires au niveau des finances extérieures seraient dans l’incapacité de couvrir le déficit de la balance courante, et les autorités devraient puiser dans les stocks de devises pour répondre aux besoins de paiements des importations. Le stock de devises en mois d’importations de biens et services se situerait à 5,8 mois en 2009 au lieu de 6,7 mois en 2008 et près de 9 mois en 2007.

Globalement, les perspectives de l’économie nationale en 2009 dégagent les enseignements suivants :

* La crise financière internationale et la récession de l’économie mondiale ont nécessité la mise en œuvre des politiques économiques ciblées pour réduire l’impact sur l’économie réelle. Il s’agit d’une forte intervention des Etats dans le capital des grandes banques commerciales en difficulté pour les assainir, d’un assouplissement des politiques monétaires et d’un renforcement des mécanismes de régulation du système financier.

* Les activités non agricoles nationales seraient marquées par un net ralentissement sous l’effet de la récession économique mondiale. Néanmoins, les performances attendues du secteur primaire compenseraient, largement, ce revirement de tendance. Presque un point de croissance supplémentaire des activités secondaires et des services proviendrait en 2009 de l’amélioration de l’activité agricole. En fait, si la campagne agricole était celle d’une année moyenne (55 millions de quintaux), la croissance de la valeur ajoutée non agricole aurait été de 3% au lieu de 4%.

* La politique monétaire au Maroc soutient depuis quelques années la demande des ménages et des entreprises sur le marché domestique. S’agissant des finances publiques, les autorités s’inscrivent déjà dans la ligne d’une politique budgétaire expansive, notamment en 2008 et 2009, ce qui est de nature à réduire la pression pour l’usage de la politique monétaire dans de telles circonstances d’incertitudes financières. Toutefois, à l’instar du processus d’interventionnisme et de régulation déclenché au niveau mondial, le renforcement des aspects de contrôle, d’audit et de prudence est susceptible de renforcer la viabilité du système financier national et de le protéger contre les dérapages.

* L’accentuation du déficit du compte épargne-investissement est synonyme de la détérioration des finances extérieures du Maroc, suite à la baisse de la compétitivité des produits marocains aussi bien sur le marché intérieur que sur les marchés extérieurs. Les revenus en provenance du reste du monde ne pourraient pas continuer à absorber les déficits structurels de notre balance commerciale.

* L’environnement international serait marqué jusqu’en 2010, d’après les différents organismes internationaux, par une évolution économique en deçà des potentialités existantes en raison du manque de confiance qui devrait continuer à caractériser les investisseurs. La demande mondiale adressée au Maroc resterait en conséquence faible, ce qui pourrait réduire les opportunités de création de valeur ajoutée en provenance du reste du monde et par la suite l’investissement.

La richesse accumulée par notre pays sous l’effet de la performance de l’agriculture et de la dynamique de la demande intérieure devait être orientée davantage vers l’investissement productif plutôt que vers la consommation des ménages.

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