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Renforcer la cohésion sociale


Haut Commissaire au Plan depuis 2003, avec rang de ministre, l’économiste Ahmed Lahlimi Alami fait le point sur la situation du royaume chérifien.


Renforcer la cohésion sociale

Quelle est la situation économique au Maroc en ce début d’année 2012 ?
 

Face à la crise internationale, l’économie marocaine a fait preuve, en 2011, de la même capacité de résilience que depuis 2008. La croissance devrait atteindre 4,6%, approchant ainsi le niveau moyen (4,8%) enregistré au cours de ces cinq dernières années. Le taux d’investissement, de l’ordre de 35% du PIB, reste soutenu. Le processus mis en œuvre depuis une dizaine d’années dans le cadre de partenariats entre capitaux publics et privés - nationaux et étrangers - a continué à profiter aux infrastructures économiques et sociales, aux zones urbaines et rurales, ainsi qu’aux activités de production et de services.
 

Une partie croissante des investissements a été mobilisée, au profit notamment d’équipements sociaux et de projets d’activités économiques générateurs de revenus, qui s’inscrivent dans le vaste programme d’Initiative nationale de développement humain (INDH). Ils sont destinés à améliorer les conditions de vie des citoyens, en particulier les jeunes et les femmes des communes rurales et des quartiers urbains les plus défavorisés.
 

La diversité régionale des investissements a permis la relocalisation de l’économie, ce qui a contribué à l’amélioration de la croissance et à la création d’emplois, tout en réduisant d’autant la pauvreté ainsi que les inégalités sociales et territoriales. Trois régions parmi celles qui étaient les plus pauvres ont ainsi vu leur contribution au PIB augmenter significativement en cinq ans.

 

Concrètement, comment cela se traduit-il  ?
 

Dans ces conditions, le chômage se situe aujourd’hui à moins de 9%. Le revenu disponible des ménages a quant à lui progressé de 6% et le pouvoir d’achat de 4%. Quant à l’inflation, elle se maintient au niveau de 2%. Le taux de pauvreté relative a enregistré une baisse de plus de 9% en 2007, contribuant pour la première fois à stabiliser les inégalités sociales. Selon les évaluations fournies par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le Maroc est en position favorable pour figurer parmi les rares pays à réaliser, à l’échéance de 2015, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Au total, comme par le passé, le modèle de croissance reste tiré par l’investissement et la consommation intérieure. Les ménages voient ainsi leur revenu et leurs conditions de vie s’améliorer.
 

Toutefois, à défaut d’une offre nationale exportable à un rythme suffisant pour limiter le déficit de la balance commerciale, la demande intérieure a tendance à détériorer les équilibres internes et externes du pays. Le solde courant de la balance de paiement a connu un revirement, à partir de 2007, avec un déficit croissant qui est passé de 0,1% du PIB à 7% en 2011. Avec une dette publique directe représentant 55% du PIB – dont 23% de dette extérieure -, les capacités de financement de l’économie nationale n’ont pas pour autant été compromises par les effets de la crise économique mondiale.

 

Quels sont les développements attendus, à l'horizon 2012, et les challenges à accomplir ?
 

La grave crise financière que connait le monde depuis 2008, avec ses conséquences économiques et sociales dans les pays occidentaux, constitue une source potentielle de difficultés pour notre pays. Cela dit, le Maroc ne manque pas d’atouts pour consolider les facteurs de résilience que recèle son économie face à une situation encore difficile à circonscrire. En 2012, les investissements programmés dans les secteurs à fort potentiel de valeur ajoutée et de capacité d’exportation seront en conséquence poursuivis. Le dynamisme de la consommation intérieure sera maintenu, les ressorts de la croissance économique et du développement humain seront confortés. Cette même année verra la mise en application des dispositions de la nouvelle Constitution, laquelle favorisera la démarche de démocratie participative – au plan national et régional - et aura vocation, in fine, à devenir un facteur non négligeable de relance de l’activité économique et sociale du pays. En faisant du respect des équilibres macroéconomiques une obligation constitutionnelle, ces dispositions mettent par ailleurs la gestion des finances publiques à l’abri de tout dérapage préjudiciable à sa « soutenabilité ». Dans ce nouveau contexte constitutionnel, le Maroc ne manque pas de défis à relever, a fortiori du fait de la crise - que connaissent notamment les partenaires européens - et des contraintes y afférentes.

 

Quels sont les défis à relever ?
 

L’objectif d’une croissance forte et durable reste, bien entendu, l’impératif catégorique pour créer de l’emploi et assurer les revenus nécessaires à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Le pari consiste à répartir de manière équitable les fruits de la croissance pour renforcer la cohésion sociale. Cela implique des efforts pour que les richesses soient également distribuées entre les territoires et les catégories sociales. De même, il convient de sauvegarder la compétitivité de l’économie nationale, afin que les générations futures puissent disposer d’un niveau de vie au mois égal à celui de leurs parents. A cet effet, trois grandes questions s’invitent dans toute évaluation de ces perspectives.
 

La première porte sur la difficile problématique que posent les subventions budgétaires destinées à soutenir les prix, sur le marché intérieur, des produits énergétiques et alimentaires importés. Il faut remarquer que tout le monde s’accorde à dénoncer la perversité économique et sociale des subventions, qui interviennent dans un contexte de hausse structurelle des prix internationaux de ces produits. Leur part dans le PIB est ainsi passée à une moyenne de 1,8% sur la période 2000-2007, à 5,5% en 2011.
 

La deuxième grande question qui se pose aujourd’hui est celle de la nécessaire et urgente réforme du système des retraites. Dans une situation de transition démographique - et face aux prévisions de l’évolution du marché du travail -, les déficits structurels croissants de ce système menacent dangereusement la solidarité intra et intergénérationnelle.
 

La troisième question est celle que pose l’impératif d’une évaluation rigoureuse de la gestion des investissements publics, notamment au niveau de la réalisation et du rendement interne. Ce qui renvoie, plus globalement, à l’efficience de la gouvernance économique du pays. Par ces exemples de défis à relever, vous voyez donc que la législature qui commence en 2012 aura à traiter des questions dont les enjeux revêtent une dimension sociétale qui implique l’adhésion démocratique de l’ensemble de la collectivité nationale.

 

Quelle est votre analyse concernant la crise mondiale et celle de l'Euro ?
 

On sait que des certaines grandes puissances économiques ont longtemps financé, par un endettement public excessif, un modèle de consommation sans  rapport avec le niveau de création de leurs richesses nationales. Ces Etats se trouvent aujourd’hui otages des marchés financiers. Ils en sont réduits à des politiques de restriction budgétaire qui brident la croissance mondiale. Cela peut compromettre les capacités de développement de leurs partenaires figurant parmi les pays les moins dotés de ressources stratégiques.
 

Près de 70% des échanges commerciaux du Maroc s’effectuent avec la zone euro. Dans ce contexte, le pays ne peut qu’être fortement préoccupé par la situation de l’Union européenne. Cela vaut aussi pour la quasi-récession qui menace – ou qui frappe déjà -  ses partenaires. Le Maroc est d’autant plus préoccupé que le Vieux Continent est fortement tenté par des mesures économiques et sociales qui confinent à des formes déguisées de protectionnisme, dans le but de décourager la mobilité des capitaux et de restreindre celle de  la main d’œuvre étrangère. Et cela, en flagrante contradiction avec les principes d’ouverture et de libre échange dont les Européens sont les chantres. Des principes auxquels ils ont fortement encouragé leurs partenaires du Sud à souscrire.
 

Les grands idéaux de compétitivité partagée et de destin commun qui ont présidé au processus de partenariat euro-méditerranéen - que devait consolider le grand projet d’Union pour la Méditerranée (UpM) - sont passés au dernier rang des préoccupations européennes, sans parler de celles de leurs opinions publiques. On peut le déplorer… Il faut cependant rester convaincu que, entre les deux rives de la Méditerranée, le poids des rapports historiques, humains et économiques continuera à être le ressort d’une solidarité durable. Tout autant que les enjeux géostratégiques et sécuritaires.


Propos recueillis par VERONIQUE NARAME - Arabies – Mars 2012


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